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Ils nous poursuivent parfois loin dans nos existences, c’est certain. Regrets, amertume, souvenirs, font qu’à chaque fois qu’un acte manqué me revient, je le regrette amèrement. J’aurai aimé être meilleur alors, mais ça n’a pas été le cas. Ceci dit, ces regrets n’ont rien de bien dramatiques, mais je n’ai pas toujours trouvé le cheminement intellectuel à accomplir, pour enfin arriver à l’acceptation de l’acte manqué, sans regret. Diantre, que la vie est complexe. On agit à un moment donné de son existence avec la certitude de faire juste, aveuglé par des idées, des sentiments, sans recul aucun et souvent sans cohérence véritable. Pas simple de s’y retrouver

Au temps qui passe, l’expérience s’accumule, et la décision d’un acte devient complètement assumée, et peu même provoquer du plaisir. Un exemple tout personnel. Voici 20 ans, j’étais amoureux d’une fille si jalouse qu’elle m’en pourrissait mon existence débutante, pourtant -et comme souvent-, toute vouée à sa petite personne. Un jour, elle trouva ma boite à souvenirs dans un petit carton. Il contenait le résumé d’un parcours d’adolescent, composé de lettres « d’autres z’amoureuses d’alors », de photos en noir-blanc prises dans un photomaton de gare, ou encore de petits objets, souvenirs d’idylles passées et souvent platoniques. Je fus alors sommé de débarrasser mon logement de ces infâmes témoins d’un temps heureux, ceci pour le bien-être de ma chère et tendre future femme. Et bien j’ai, tenez-vous bien, ……..accepté (dans le but probable de l’épanouissement de l’amour sans ombre qui nous guettait…). Je vous ai entendu jusqu’ici penser; « Mais quel imbécile« , et bien-sûr que vous avez raison. A l’époque j’avais été juste incapable d’imaginer une solution alternative, oui le titre d’imbécile me va bien. J’avais pris ma boîte à souvenirs pour la transformer en cendres, qui s’étaient dispersées dans une de ces forêts jurassiennes que j’affectionne tant. Là où je peux m’en vouloir, c’est qu’en regardant mes souvenirs partir en fumée, je n’avais même pas réalisé le non-sens de l’acte irréversible que je commettais, certain que du haut de mes 22 printemps, je prenais LA bonne décision, persuadé d’être dans le juste. En définitive, ma pénitence d’aujourd’hui c’est de m’être déçu moi-même.

Mais cette année à la faveur d’un déménagement, j’ai (re)trouvé dans mes affaires, une boîte à chaussures contenant le courrier de mon ex-femme, celle-là même qui me fit détruire jadis mon trésor mal caché. Courrier, photos, petits objets, bref, les souvenirs d’une vie de couple ratée qui s’était finalement soldée par un de ces divorces dont nous cultivons le secret sous nos latitudes.

Eh bien c’est avec un coupable mais certain plaisir intérieur, que j’ai réduit, non pas en cendres, mais en fins copaux de papiers, ces écrits qui n’ont depuis longtemps plus aucune valeur à mes yeux, mais que je gardais précisément par la crainte du regret. En lieu et place des sapins d’une joux cinquantenaire où les lettres d’adolescentes amoureuses s’étaient perdues, c’est dans un récupérateur de papiers que les copaux du souvenir ont fini et ceci, sans regret aucun.